II . A - LA CAPE ET L'EPEE

        La notion de roman de cape et d'épée naît en 1875 avec le roman La Cape et l'épée d'Amédée Achard. Rétrospectivement, les manuels d'histoire littéraire ont rattaché la Chronique du règne de Charles IX, Le Capitaine Fracasse et Le Bossu à ce genre bien particulier.
        La cape est l'accessoire obligé des héros de ce type de roman. C'est le plus souvent un vaste manteau sans manches, porté au-dessus de l'habit, et qui a divers usages. Le chevalier de Pardaillan enveloppe dans sa cape la petite Loïse de Montmorency qu'il vient d'enlever, Bernard de Mergy se dissimule dans la sienne pour se rendre nuitamment chez sa belle maîtresse Diane de Turgis et le baron de Sigognac cache sous la sienne son misérable costume de hobereau désargenté. Lagardère possède donc un manteau, " un riche manteau de velours, jeté négligemment sur son épaule ". Il en enveloppe sa " charge précieuse ", la petite Aurore, et son adversaire croit que " le Parisien se sert de son manteau roulé autour de son bras comme d'un bouclier ". Les cadavres des victimes sont dissimulés sous des manteaux.
        L'épée est l'accessoire indispensable. Rapière, flamberge, parfois pourvue d'un nom de baptême ( Giboulée , l'épée de Pardaillan ), elle défend la veuve et l'orpheline et venge la victime. Tous les héros des romans de cape et d'épée sont de redoutables bretteurs. Bernard de Mergy tue lors de son premier duel un escrimeur expérimenté : Comminges. ( Rodrigue a fait des adeptes.) Pardaillan ferraille avec un certain bonheur. Sigognac, qui s'est modestement entraîné avec Pierre, son vieux serviteur, l'emporte au premier combat sur le duc de Vallombreuse. D'Artagnan est une rude lame et ne craint pas d'affronter Jussac qui commande les gardes du Cardinal. Lagardère et Nevers sont de première force, et donc rivaux, mais Gonzague, Peyrolles, Cocardasse et Passepoil ne sont pas mauvais non plus.
        Lagardère prend ses premiers cours dès l'âge de quinze ans. Selon Cocardasse, c'est un " surdoué ". A dix-huit ans, et avant que Nevers soit assassiné, il a déjà eu quelques " affaires d'honneur " comme on disait en ce temps-là. Pour des motifs qu'on s'accorderait aujourd'hui à trouver futiles, il a déjà tué un prévôt trop moqueur, un capitaine, un colonel et un baron. Il a déjà affronté en combat singulier les meilleurs maîtres en fait d'armes. Il s'apprête à rencontrer Philippe de Nevers et à séduire sa femme. Le hasard lui met entre les mains la petite Aurore, lui fait découvrir qu'on cherche à assassiner Nevers et c'est un autre homme qui va manier l'épée devenue l'instrument de la vengeance (et de la justice divine). Neuf morts, tous exécutés de la même manière. Comment diable Paul Féval s'y est-il pris pour nous faire accepter, à nous lecteurs, pacifistes et adversaires de la peine de mort, cette cascade de ce qu'il faut bien appeler des crimes ?