C - PORTRAIT DE PAUL FEVAL par Marie-Thérèse POUILLIAS

        Laissons courir la plume de Charles Chincholle :
        " Crâne chauve, très arrondi au sommet...[signe d'] une grande bienveillance et d'une grande fermeté ; yeux petits bleus et vifs ; sourcils très fournis ; nez carré à la base et légèrement pointu...barbe broussailleuse dans laquelle la bouche disparaît ; oreilles collées au crâne ; teint frais et rouge ; corps petit mais bien proportionné ; dos quelque peu voûté par un travail exagéré ; toilette à la fois simple et recherchée par le choix des étoffes et du tailleur ; rosette d'officier de la Légion d'honneur à la boutonnière, voilà bien Paul Féval, tel qu'on le rencontrait dans la rue ".(Charles Chincholle)
        Ses influences littéraires depuis ses lectures rennaises qui comptaient Byron, Shakespeare, Malebranche, Corneille, Molière, Dom Lobineau, les premiers vers de Hugo et les Confessions de J.J. Rousseau sans omettre sans doute de temps à autre les romans de la " Bibliothèque de l'amour et de la galanterie ", étaient fortement empreintes du romantisme.
        De grande érudition, il parlait l'anglais, l'allemand et l'espagnol avec la plus grande facilité. Il possédait une bonne connaissance de la littérature étrangère et jouait du piano.
        Son besoin de mouvement le faisait exceller dans les exercices physiques et ses marches dans Paris lui donnaient parfois l'occasion d'exercer ses talents sportifs...
        Ami de Gustave Doré et de Charles Gounod, en relation avec le monde littéraire du moment - il entretenait des liens d'amitié avec Jules Verne -, il était animé d'une conversation vive, spirituelle, pleine de verve, riant à gorge déployée, s'enflammant soudainement et d'une vivacité extrême.
        Travailleur infatigable - plus de douze heures par jour - quatre jours lui suffisaient à insérer ce qu'il faut de bon papier pour faire un méchant volume in-octavo. En deux heures, il fournissait tous les couplets d'un vaudeville. Les couplets d'un vaudeville valaient cinq francs par acte , une feuille de petit livre un louis, un volume d'histoire, cent francs. Il fut traducteur de documents espagnols. Il se servait en guise de bureau d'une petite table de bois de style Louis XIII dont il ne se sépara jamais non plus que d'une chaise de bois également. Sa plume n'était pas en jachère. Son écriture fine, nette, pointue couvrait de grandes pages blanches et la marge elle-même sans rature.
        Ses correspondants jugent son style vif, alerte, spirituel, pétillant d'esprit, plein d'imagination la plus gaie et fourmillant de néologismes.
        Il connut une certaine célébrité de son vivant, célébrité qu'il mit au service de la cause des lettres où reprenant son métier d'avocat, il plaida pour la défense de la propriété littéraire, bien balbutiante à cette époque (1867). Lors des moments fastes de son existence, il vivait sur un grand pied sans souci du lendemain comme tous ceux pour qui l'opulence a brusquement succédé à la gêne.
        Sur le plan littéraire, il demeure en dépit des critiques qui englobent dans le même mépris ceux qu'ils surnomment " les romanciers populaires " sans se donner la peine de les lire, un écrivain qui a traité le genre populaire non sans talent puisqu'il prit rang dans la littérature.1



1. M.T.Pouillias, Paul Féval 1816-1887, BMR 1987, p.123.