I - UN ROMAN HISTORIQUE

        L'intérêt français pour le roman historique est bien connu. L'influence de Walter Scott, engendrée par les Waverly novels, fit de Paul Féval un de ses disciples. Il n'était pas le seul : Balzac, dans l'avant-propos de la Comédie humaine, assimilait Walter Scott à " un trouveur ( trouvère ) moderne qui imprimait alors une allure gigantesque à un genre de composition injustement appelé secondaire ". Féval semble avoir eu de bonne heure le goût du Moyen-Age . Les deux femmes du roi se situent sous le règne de Philippe-Auguste. Le XVIème siècle inspire La fée des grèves qui met en scène le meurtre soupçonné de Gilles de Bretagne. L'époque favorite de P. Féval est celle de la régence de Philippe d'Orléans qu'il décrit en particulier dans Le Bossu avec le système financier de Law, dans Le Cavalier Fortune avec la conspiration de Cellamare et dans les romans " du cycle breton " relatant la lutte du duché contre les efforts centralisateurs du pouvoir royal. L'époque napoléonienne, si haute en faits d'armes, ne semble pas l'avoir inspiré. Il ne prend pas ou peu de liberté avec la vérité historique telle qu'elle lui est apparue dans ses propres sources. Bien des écrivains dans le genre historique ont commis l'erreur de faire de leurs romans des pamphlets, des tribunes pour la propagation de leurs idées philosophiques et politiques. P.Féval ne s'est pas laissé tenter par une telle dérive. D'idéal royaliste, il a plutôt tendance à faire valoir les principes monarchiques. Tous ses personnages ont un fondement historique. Le goût très romantique de Féval pour les personnages originaux se révèle dans son choix d'Alphonse VI (Les Chevaliers du firmament) et de Louis XI (L'Homme de fer) comme dans la résurrection des dynasties éteintes (Le Bossu, La Louve).
        Il fait aussi dans ses romans historiques le portrait des différentes classes sociales avec une prédilection pour la noblesse, campant des personnages qui en seront les symboles.
        Des failles sont à relever : le manque d'ancrage dans la réalité, la faiblesse des descriptions, l'insuffisance d'informations sur les moeurs, les costumes, les monuments.
        C'est là le défaut de son imagination fantastique qui l'emporte sur le souci de la peinture locale.

" La méthode de Féval se limite à évoquer une histoire et non à inventer une science historique et à recréer une nouvelle histoire de France à la Dumas. Dans la lignée de Walter Scott qui demeura son modèle, Féval se fait respectueux de l'exactitude documentaire de l'histoire tout en se distanciant de l'événement ".1



1. M.T. Pouillias , A. Diverrès , Paul Féval 1816-1887, p.54, BMR 1987.